Notre valeur est-elle définie par la productivité ?
Pour comprendre pourquoi l’ennui est devenu anxiogène, il faut remonter à la source. Dès notre plus jeune âge, le système éducatif nous enseigne une équation silencieuse mais redoutable… Celle que notre valeur est égale à ce que nous produisons.
À l’école, on évalue nos résultats, nos notes, notre capacité à fournir un travail. Le bulletin trimestriel est le premier miroir de la régularité de notre performance. Puis, le monde professionnel prend le relais. Le CV devient notre carte d’identité, et la fameuse question “Tu fais quoi dans la vie ?” qui insidieusement résume notre identité à notre fonction productive.
À force d’entendre que le travail mène à la réussite et que le temps perdu ne se rattrape pas, nous avons intériorisé une croyance profonde : exister, c’est faire.
Vivre à 100 km/h, l’accélération du monde moderne
Aujourd’hui, cette pression est une course effrénée. Nous vivons dans une société de l’instantanéité et de l’ultra connexion. Les notifications rythment nos journées, les flux d’informations ne s’arrêtent jamais, et la tyrannie de la To-Do List s’étend bien au-delà de la sphère professionnelle.
Dans ce tourbillon à 100 km/h, ralentir ou s’arrêter, c’est risquer de rater quelque chose, de prendre du retard, ou pire, de se retrouver face à soi-même.
La peur du regard des autres et le spectre de la paresse
Lorsque l’on s’arrête enfin, la culpabilité surgit rarement seule. Elle s’accompagne presque toujours d’une peur viscérale du regard des autres : “Et si on me trouvait fainéant ? Et si on pensait que je manque d’ambition ou de volonté ?”. Ne vous êtes-vous jamais dit cela ?
Notre société a transformé le fait d’être productif (de travailler sans cesse, d’être efficace, et de toujours faire des choses) en un devoir moral. À l’inverse, la lenteur, la pause ou l’ennui sont encore trop souvent étiquetés de façon péjorative, synonymes de paresse ou de manque d’ambition. Résultat, même pendant nos congés, nous culpabilisons de ne pas rentabiliser notre temps libre en faisant du sport, en rénovant la maison et bien d’autres encore. Nous nous mettons en scène, nous nous pressons, par peur d’être jugés inutiles.
Réhabiter le vide est un acte de résistance thérapeutique
Pourtant d’un point de vue psychologique, le vide et l’ennui ne sont pas des ennemis. Ils sont vitaux.
- L’ennui nourrit la créativité : C’est dans ces moments de déconnexion que le cerveau peut enfin vagabonder, faire des liens, imaginer et se ressourcer.
- Le repos est une nécessité biologique et psychique : Vouloir être constamment productif mène droit à l’épuisement (blessure, fatigue chronique, irritabilité, burn-out).
Apprendre à ne rien faire, c’est s’autoriser à déconnecter notre valeur personnelle de nos accomplissements extérieurs. Vous avez de la valeur pour ce que vous êtes, pas pour ce que vous produisez.
Apaiser la culpabilité
La prochaine fois que l’ennui pointera le bout de son nez et que la petite voix de la culpabilité murmurera que vous perdez votre temps, essayez de l’accueillir avec bienveillance. Rappelez-vous que ce temps de pause n’est pas un vol fait à la productivité et qu’il n’a pas besoin d’être mérité, voyez le plutôt comme un cadeau offert à votre équilibre mental.