La fusion avec nos pensées : quand la tempête devient notre réalité
Lorsque la réaction s’active, le premier piège et le plus puissant, est ce qu’on appelle la fusion cognitive.
À cet instant précis, nous ne pensons pas quelque chose, nous sommes ce que nous pensons. S’il surgit une pensée du type « De toute façon, personne ne me respecte » ou « Je vais encore me faire avoir », notre cerveau l’encaisse non pas comme une hypothèse mais comme une vérité absolue.
Cette fusion est si puissante qu’elle nous aveugle. Comment pourrions-nous prendre du recul sur une pensée si nous sommes convaincus qu’elle est la réalité ? C’est ce mécanisme qui fait que nous entrons en réaction, prisonniers d’un scénario invisible qui se répète tel un cercle vicieux.
Des voix anciennes logées dans notre tête
Mais d’où viennent ces pensées si accablantes ? Sont-elles vraiment le fruit de notre réflexion d’adulte, ici et maintenant ?
Bien souvent, non. Ce que nous prenons pour notre propre voix intérieure est en réalité un enregistrement ancien. Ce sont des phrases, des jugements, des interdits ou des exigences prononcés par notre entourage lorsque nous étions petits (parents, figures d’autorité, pairs, professeurs, etc…) et profondément encodés au fil des années.
À force d’avoir été entendues, ces paroles sont devenues si familières que nous les avons adoptées, ancrées, et que nous finissons par croire qu’elles nous appartiennent. Lorsque nous réagissons, ce n’est pas la femme ou l’homme adulte d’aujourd’hui qui parle, mais bel et bien l’écho d’une vieille cassette, gravée dans un passé lointain, qui rejoue la même séquence en boucle.
Les tours de passe-passe de l’ego
Et comme si cela ne suffisait pas, notre ego s’en mêle. Et oui, le fameux !
Pour nous protéger de la vulnérabilité, de la peur de souffrir ou du sentiment d’impuissance, l’ego est un maître illusionniste. Il nous fait croire que ce que nous désirons ardemment (ou ce que nous refusons catégoriquement) relève d’un choix conscient, mûri et rationnel.
Combien de fois sommes-nous persuadés de fuir une situation par simple bon sens, alors qu’en réalité, la motivation inconsciente est une peur panique d’être rejeté ou démasqué pour ce que nous sommes réellement ? Combien de fois défendons-nous un point de vue avec une mauvaise foi farouche, simplement parce que notre ego terrifié refuse d’avouer qu’il a peur ou qu’il ne sait pas ? La réalité inconsciente est bien souvent tout autre car elle peut cacher un besoin de sécurité, un enfant vulnérable qui crie en silence, déguisé sous les habits de la logique ou de la fierté de l’adulte.
Choisir la conscience pour s’apaiser
Sortir de ces mécanismes automatiques demande du courage. Cela demande d’apprendre à observer le flot de son esprit sans se noyer, à écouter ces pensées automatiques avec un regard neuf en se posant la question salvatrice : « Est-ce un fait avéré ? cette pensée m’appartient-elle ou est-ce juste un vieux fantôme qui refait surface ? »
Comprendre ces rouages, ce n’est pas chercher un coupable dans notre passé, mais c’est s’offrir de la compassion pour enfin s’apaiser. Cesser d’être en réaction permanente, c’est s’autoriser à faire un choix conscient. Et cette capacité à observer ce qui se joue en nous, loin du bruit et des automatismes, est la plus belle liberté que nous puissions nous offrir.
Cependant, rassurez-vous, il est tout à fait normal de ne pas parvenir à dénouer tout cela seul. Personne ne vient au monde en sachant tout cela, et il n’y a aucune honte à demander de l’aide.